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Budget 2025 : cacahuètes, levées de bouclier et sulfateuse sociale

Le gouvernement de Michel Barnier présente ce jeudi 10 octobre, avant de le défendre devant l’Assemblée nationale, un budget 2025 qui est avant tout un vaste plan d’austérité. Un effort de 60 milliards d’euros est annoncé pour ramener le déficit public sous la barre des 5%, composé pour partie d’économies et pour partie de hausses d’impôts.

Un temps au moins, alors qu’il espérait encore débaucher des figures « classées à gauche » dans son équipe ministérielle, Michel Barnier a annoncé qu’il placerait son action sous le signe de la justice fiscale. Qu’en est-il concrètement ? Il est bien sûr trop tôt pour tirer des conclusions définitives tant que le budget ne sera pas définitivement adopté, les différentes pistes évoquées ayant déjà provoqué des levées de boucliers de toutes parts. La tendance générale, cependant, semble claire.

Certes, des dispositifs exceptionnels sont annoncés qui cibleront les profits des plus grosses entreprises et les revenus des ménages les plus fortunés. De portée toute symbolique, ces mesures sont également conçues comme provisoires, et ne remettront donc pas en cause les déséquilibres qui se sont exacerbés depuis 2017 – à savoir une baisse de la charge fiscale acquittée par les entreprises et les détenteurs de capitaux et une hausse de la part supportée par les ménages. Elles semblent là pour cacher le reste.

Une contribution exceptionnelle des armateurs serait également sur la table, mais sans qu’il soit envisagé que l’on revienne sur la niche fiscale qui permet depuis des années à des géants comme CMA-CGM de minimiser leurs impôts (voir ici).

Le gouvernement prévoit aussi de mettre en œuvre une idée déjà avancée en 2023 par Emmanuel Macron alors qu’il tentait de détourner l’attention du mouvement contre la réforme des retraites : la taxation des rachats d’actions. Cette pratique consiste en ce qu’une entreprise rachète elle-même ses propres actions en bourse pour les supprimer et faire monter mécaniquement la valeur des actions restantes. C’est une autre manière, en complément du versement de dividendes, de gratifier les actionnaires. Ces dernières années, les groupes du CAC40 ont enregistré de tels superprofits qu’ils ne savaient apparemment plus quoi faire de tout leur argent : leurs rachats d’actions ont augmenté en flèche, de 7,5 milliards d’euros en 2020 à plus de 30 milliards en 2023 (sur ce sujet, voir CAC40 : « Tout va très bien, madame la marquise » et CAC40 : le véritable bilan annuel 2023). À nouveau, au regard de ces chiffres, la taxe annoncée (autour de 1%) apparaît bien modeste, de même que les revenus que l’on peut en espérer.

On notera au passage que l’État sait être généreux avec lui-même en tant qu’actionnaire, puisqu’il souhaite qu’EDF lui verse en 2025 un « dividende exceptionnel » de 2 milliards d’euros pour l’aider à boucler son budget. On ne sache pas pourtant que l’entreprise soit dans une situation financière florissante.

On pourrait aussi assister à un coup de rabot sur certaines aides publiques aux entreprises. Dans le cadre de notre initiative Allô Bercy, nous avons abondamment documenté l’augmentation incontrôlée de ces aides, les doutes qui subsistent sur leurs bienfaits économiques, et l’absence totale à la fois de transparence et de conditionnalités sociales, fiscales ou environnementales. Sont aujourd’hui dans le viseur le crédit impôt recherche (CIR), pour lequel les effets d’aubaine sont bien documentés (voir iciet ), ainsi que certaines exonérations de cotisations sur les bas salaires. Sans surprise, l’annonce de ces mesures a provoqué des cris d’orfraie du côté patronal, le président du Medef promettant des « centaines de milliers » (sic) d’emplois détruits au cas où ces exonérations seraient limitées.

D’autres mesures sont annoncées, parfois avec un vernis de justification écologique, comme une augmentation du malus automobile ou des taxes sur les billets d’avions. Le secteur aérien estime que cette dernière disposition nuira gravement à la compétitivité des opérateurs français par rapport à ses concurrents européens. En réalité, comme le rappelait récemment l’ONG Transport and Environment, le niveau de taxation dans ce domaine est bien plus faible en France qu’en Allemagne et au Royaume-Uni.

D’où viendront en réalité l’essentiel des 60 milliards ? D’économies réalisées sur le dos des ménages : les retraités dont les pensions ne seront pas revalorisées comme elles le devraient, les usagers qui verront le prix de l’électricité augmenter ou se maintenir à des niveaux élevés en raison de l’augmentation de l’accise (lire à ce sujet l’entretien de Jade Lindgaard de Mediapart avec Anne Debregeas), les assurés sociaux qui supporteront de nouvelles baisses de remboursements. Ce sont aussi les ménages, et surtout les moins favorisés d’entre eux, qui subiront le plus les effets des plans d’économies annoncés dans les services publics et les collectivités locales.

Malgré les gesticulations politiques, la trajectoire de fond reste donc la même que sous les mandatures précédentes.

Article publié le 31 octobre 2024.


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