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Emploi des seniors : les syndicats se félicitent du dialogue social en pleine offensive austéritaire

Pendant que Barnier s’apprête à imposer au Parlement ses mesures austéritaires d’une ampleur inédite, les directions syndicales se félicitent des avancées de la négociation sur les emplois des seniors grâce au « dialogue social ». Une politique qui, loin de s’affronter à l’offensive austéritaire du gouvernement, finit par l’accompagner.

Par Antoine Chantin

Alors que depuis une semaine les députés discutent du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) et d’attaques austéritaires d’une ampleur inédite, les réunions entre le patronat et les syndicats se multiplient dans les coulisses, avec l’objectif affiché de réussir au mieux le « dialogue social ».
« Dialogue social » : il n’y a même plus de miettes à négocier !

Depuis le 22 octobre, les cinq principales centrales syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC) et trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P) ont entamé un marathon de négociation sur l’emploi des seniors et l’assurance chômage. Des discussions impulsées et suivies de près par la ministre du Travail, sous la tutelle de Barnier qui mise sur l’écoute des syndicats pour accompagner son plan austéritaire.

Pour ce qui est de l’emploi des séniors, L’Opinion explique qu’un accord entre patronat et syndicats pourrait être conclu d’ici au 15 novembre prochain. Les organisations patronales auraient ainsi laissé une ouverture possible sur la retraite progressive dès 60 ans. Cela permettrait aux salariés de demander à travailler à temps partiel et de recevoir une partie de leur retraite pour compenser la baisse de leur salaire. Cette revendication est un « vrai marqueur pour les organisations syndicales » selon la négociatrice de Force Ouvrière (FO), Patricia Drevon. Aux yeux des directions syndicales, cette mesure pourrait constituer « une victoire symbolique » après l’échec de la mobilisation contre la réforme des retraites et le recul de l’âge de départ à 64 ans.

Pourtant, cette mesure ne représente pas la moindre victoire après le recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans, mais, dans les faits, elle relève avant tout de l’effet d’annonce. En effet, dans l’accord qui se profile, le bénéfice de ce dispositif resterait à la discrétion des employeurs qui se réserveraient le droit d’accepter ou de refuser la demande de départ progressif de leur salarié. En ce sens, si les directions syndicales disent défendre, dans ces négociations, « un droit opposable » à la retraite progressive, leur demande reste sourde de réponse.

Ce dispositif semble donc voué à rester presque inutilisé, comme c’est déjà le cas. Selon la Sécurité sociale, seules 27 000 personnes étaient en retraite progressive fin 2023. D’après la Caisse nationale d’assurance vieillesse, les démarches administratives pour faire valoir ce droit décourageraient en effet la majorité des salariés d’y recourir.
Un gouvernement qui n’a que l’austérité à proposer

Dans le même temps, les négociations sur l’assurance chômage vont également bon train, pendant que le gouvernement prépare l’austérité à tous les étages. Ce dernier a très vite posé le cadre de ses désidératas aux « partenaires sociaux » : pas moins de 400 millions d’euros d’économies supplémentaires à trouver. Pour le négociateur de la CFDT, « il y a une forme de sincérité, que le gouvernement préfère laisser les partenaires sociaux gérer. On sent, côté CFDT, une inflexion. Une forme de reconnaissance de la démocratie sociale ». Pourtant, il paraît plutôt que ces négociations, ainsi que l’ode au dialogue social que se plait à chanter Michel Barnier, servent plutôt à masquer l’ampleur des attaques menées contre les travailleurs.

En ce sens, les dirigeants syndicaux accepteraient de faire perdre cinq à six jours d’indemnisation chômage par an aux travailleurs, en mensualisant ces allocations ; dans la continuité du premier accord qui avait été trouvé en avril 2024. Celles-ci seraient versées forfaitairement sur 30 jours par mois au lieu d’un versement journalier réel prenant en compte les mois de 31 jours. L’accord prévoyait, également, de faire passer à six mois la durée nécessaire de travail ouvrant droit aux allocations chômage, contre cinq aujourd’hui. Toutefois, les économies prévues par ce premier accord restaient insuffisantes pour atteindre les objectifs fixés par le gouvernement.

Or, comme le souligne le négociateur de la CFDT, qui se félicitait pourtant de l’esprit de dialogue qu’insufflait selon lui le nouveau gouvernement, ces négociations se déroulent toujours sous la menace : « Le décret Attal est là, il plane en haute atmosphère. Il sera utilisé d’une manière ou d’une autre si on n’arrive pas à trouver un accord, donc il faut boucler et faire les choses sérieusement ». Des circonstances qui laissent penser que les directions syndicales sont disposées à négocier l’austérité et à accompagner le gouvernement et sa recherche effrénée « d’économies » sur le dos des travailleurs.
Un nouvel exemple de l’impasse du dialogue social

Bien loin de toute « victoire » même « symbolique » annoncée sur la retraite progressive, les directions syndicales s’inscrivent dans une stratégie d’accompagnement de l’austérité. Une orientation scandaleuse à l’heure où le gouvernement s’apprête en même temps à imposer au Parlement un budget austéritaires historiques contre le monde du travail.

À rebours de l’attitude conciliatrice des directions syndicales, et comme nous l’écrivions dans un précédent article : « il est au contraire urgent de rompre immédiatement avec le « dialogue social ». Barnier, sous surveillance de la droite et de la Macronie, ne va certainement pas céder sur des revendications importantes, et son dialogue sert avant tout à canaliser les directions du mouvement ouvrier. En l’absence de mobilisation, c’est la démoralisation qui va prospérer ou l’idée que « voter ne marche pas, mais manifester non plus ». Or, il est possible de briser ce sentiment, de redonner confiance aux travailleurs et à la jeunesse, en mettant en avant des perspectives stratégiques crédibles ».

Article publié le 29 novembre 2024.


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