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Depuis quelques semaines, tous les regards sont fixés sur Washington où le président américain aux positions versatiles assure le show. En quelques semaines, Wolodymyr Zelensky a changé de statut, passant d’ « ami héroïque » au « dictateur » qui « joue avec la 3e guerre mondiale ».
Fidèle aux véritables valeurs américaines, le Président Trump a offert au sein du bureau ovale, avec dans les seconds rôles le président ukrainien et le vice-président américain, un spectacle qui a médusé les médias du monde entier. Omettant de souligner les responsabilités américaines dans la situation ukrainienne, du financement par milliards de la « révolution orange » au déploiement des forces de l’OTAN aux frontières de la Russie notamment, Trump et JD Vance ont donné le sentiment d’avoir attiré Zelensky dans un véritable traquenard.
Mais en réalité, Trump dans son style bien particulier n’a t’il pas le mérite de mettre au grand jour ce qui de tout temps a toujours été le fondement même de la politique américaine ?
« Money is money ! »
Les millions qui hier ont voulu voir en l’Amérique le pays de la démocratie et dans ses responsables les défenseurs des libertés ont oublié que la guerre et les positions respectives des américains et des russes sont celles de puissances impérialistes qui s’affrontent pour leurs propres intérêts.
De Kiev…
Trump depuis son élection a pour leitmotiv le retour sur investissement. Il a compris que la Russie, contrairement à la volonté initiales des Etats-unis, ne sera pas défaite en Ukraine et décide donc de tirer avantage de la situation telle qu’elle se dessine sur le front. Les Ukrainiens sont exsangues. Le pouvoir organise des « rafles » pour mettre la main sur tout homme en âge de se battre et fournir le front. Trump et JD Vance qui indiquent à Zelensky qu’il n’a plus de combattants et qu’il faut donc qu’il accepte leurs conditions tapent là où ça fait mal.
Sa volonté est d’abord économique. Il évalue à 350 milliards l’aide accordée à l’Ukraine dans les trois dernières années. C’est en s’emparant des terres rares mais aussi des minerais du sous sol ukrainien qu’il compte y parvenir. Dans la logique américaine, il s’agit de transformer l’Ukraine en colonie livrée au pillage des multimilliardaires qui entourent Trump. Poutine qui fait ses comptes se trouve également gagnant. La Russie occupe 20% du territoire qui comprend 40% des ressources minières ukrainiennes et qui pourraient lui revenir dans un accord de paix.
… A Gaza
La logique de Donald Trump n’est pas sélective. Le retour sur investissement est une constante, toujours et partout. Le peuple américain se sent d’ailleurs pris en compte pour ses intérêts, se sent défendu, et l’a réélu triomphalement.
Depuis sa réélection ses différentes prises de paroles ont pu sembler pour le moins surprenantes. Sur le Groenland, le Mexique et son Golf, le Canada, et autres sujets, les critiques ont voulu voir des accès de folies de l’ancien homme de télé-réalité faisant le buzz par tous les moyens. Erreur, Gaza donne dans la lignée ukrainienne un nouvel aperçu de l’obsession trumpienne et à travers lui de la constance américaine.
Dans son livre de compte se trouve en bonne place le sujet israélo paestinien. L’armement américain qui fournit depuis des lustres Israel mérite bien la rétrocession de la bande de Gaza pour y fabriquer « un Eldorado » à destination des riches américains. C’est ainsi qu’il partage sur les réseaux une vidéo indécente générée par « intelligence artificielle » de la bande de Gaza transformée en « Côte d’Azur du Moyen-Orient ».
Le descriptif vaut le détour. Après des images de ruines et d’enfants dans les décombres, suivent des images de Gratte-ciels, yachts ancrés dans la baie, voitures de luxe ou encore palmiers. Arrive Elon Musk généré également par « intelligence artificielle » en costume sur la plage, distribuant des liasses de billets verts à des vacanciers tout sourire. Puis surgit le président américain et le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, torse nu et allongés côte à côte sur des chaises longues, sirotant un cocktail à la terrasse d’un hôtel portant le nom de Trump. En bande sonore de cette vidéo, une chanson créée aussi par intelligence artificielle scande « le Gaza de Trump numéro 1 ».
Indécent, Grotesque, délirant, à croire à une mauvaise manipulation. Non. Dans la foulée d’une de ses conférences de presse, le 4 février, dans laquelle il présentait son projet pour Gaza en présence de Nétanyahou, Trump annonçait la couleur.
« Les Etats-Unis vont prendre le contrôle de la bande de Gaza », pour « en être propriétaire à long terme », déclarait alors le président américain. « Nous serons responsables du démantèlement de toutes les dangereuses bombes non explosées et autres armes. Tout raser, se débarrasser des bâtiments détruits » ajoutait Donald Trump.
L’homme politique a plusieurs facettes. Homme de spectacle devant les caméras de télévision, il se révèle là dans toute sa dimension d’homme d’affaires. L’ancien magnat de l’immobilier se veut bâtisseur de « la Côte d’Azur du Moyen-Orient », afin de « créer un développement économique qui fournira un nombre infini d’emplois et de logements pour les habitants de la région. »
Pour les Gazaouis, il envisage la construction de « logements de qualité, des villes magnifiques », édifiés dans « quatre, cinq ou six zones […] en Egypte, en Jordanie ».
En réalité, des gazaouis il se moque éperdument, laissant à Netanyahou le sale boulot. A lui de raser, à l’armée israélienne d’assassiner, à Israel de coloniser. La reconstruction sera son affaire et celle de ses amis milliardaires.
Ainsi, fort de ce délire revendiqué, Israel sous la conduite de Nétanyahou continue d’affamer et d’assassiner femmes et enfants palestiniens innocents dans les attaques du 7 octobre, cela au nom du combat contre le terrorisme qu’Israel alimente par ses actes pour des générations.
Retour à Kiev
La volonté de Trump alignée sur le principe que la formule résume bien, « money is money » ou encore « Business is always ».
Ce sont en réalité les tergiversations de Zelensky, bien compréhensibles face aux exigences trumpistes d’appropriation du sous sol ukrainien, qui ont provoqué le clash.
Mais il existe une raison directement politique qui a tout autant d’importance. La guerre a provoqué un rapprochement entre Moscou et Pékin, front que Trump et l’administration américaine veulent fissurer et rompre. Car l’ennemi de substitution pour les Etats-unis se situe en Asie. La Chine est un concurrent direct, le concurrent à la domination mondiale, et c’est vers lui que l’Amérique trumpiste porte son attention. Ainsi, l’annonce de l’accord Trump Poutine synonyme d’un désengagement en l’Europe doit donner la possibilité à l’impérialisme américain de concentrer ses préparatifs militaires sur un conflit à venir avec la Chine.
Emmanuel Macron indiquait dans un tchat organisé par l’Elysée de façon surréaliste les arguments qu’il destinait à Trump avant même de l’avoir rencontré. Une lettre privée en quelque sorte, livrée à la presse avant d’être envoyée à son destinataire.
« je vais lui dire… Tu peux pas être faible face à Poutine... C’est pas ton intérêt, c’est pas toi, c’est pas ta marque de fabrique... Comment ensuite être crédible face à la Chine si t’es faible face à Poutine ? »
Et c’est ainsi que semblant s’opposer au maitre de la maison blanche, Emmanuel Macron, comme l’ensemble des chefs d’états européens et comme les responsables de l’union européenne, se range du côté des intérêts américains. « Money is money » n’est-ce pas « Business is always »…
Economie de guerre
De Paris à Berlin, de Rome à Madrid en passant par Londres, la chanson guerrière résonne dans toutes les capitales. Les discours se nourrissent eux-mêmes avec une conclusion constante, le renforcement d’une économie de guerre. Ce n’est donc pas la paix qui obsède les chefs d’états, dont Macron, mais la guerre, pourvu qu’eux-mêmes ou leurs proches n’aient pas à revêtir treillis et à chausser des rangers. Se faire tuer, c’est pour les autres...
En réalité, la position de Trump est saisie par les autorités européennes comme l’occasion de franchir un nouveau pas dans la production d’armement, et donc dans le versement de milliards supplémentaires à l’industrie d’armement et aux capitalistes qui font leurs choux gras sur le dos de la misère, de la dévastation, de la guerre, de la mort.
La encore l’impérialisme américain domine. Ses chaines de production peuvent tourner à plein régime, les entreprises outre atlantique étant les premiers bénéficiaires d’une telle politique internationale. De plus le renforcement militaire de l’Europe s’inscrit dans le dispositif qui se prépare vis à vis de la Chine et de l’Asie.
Le dogme de l’union européenne selon lequel le déficit public annuel ne doit pas excéder 3 % du produit intérieur brut, et la dette publique (de l’Etat et des administrations publiques) doit être inférieure à 60 % du PIB, devrait voler en éclat selon Van der Leyen elle-même, au nom de "la défense européenne à mettre en place et donc à financer".
Ce sont de nouvelles coupes dans les budgets nationaux, transférant des milliards qui pourraient servir à l’école, la santé, le logement, la protection sociale, etc... vers l’économie de guerre, qui sont annoncées.
Déjà depuis trois ans toutes les forces politiques sans exception ont voté au sein des parlements nationaux dont le Palais Bourbon en France ou du parlement européens les milliards d’aide militaire à l’Ukraine. La loi de programmation militaire 2024-2030 porte sur plus de 450 milliards. Les dépenses militaires de la France représentent en 2025 plus de 50 milliards d’euros, soit 2% du PIB, comme le demandait l’OTAN.
Emmanuel Macron évoque la possibilité de consacrer à l’avenir plus de 5% du PIB aux dépenses militaires. Cette logique n’a de sens que dans la prévision d’affrontements directs. Tel est le danger, avec une perte totale de notre souveraineté. Macron envisage en effet au nom de la garantie de la protection européenne d’ouvrir la discussion sur la collectivisation de l’arme nucléaire française et britannique avec les autres pays membres de l’union européenne, en oubliant d’ailleurs que de l’autre coté de la Manche, Londres dépend des Etats-unis pour la maintenance de son bouclier nucléaire.
L’Elysée espère trouver un triple avantage à la situation qui s’est ouverte avec les exigences américaines vis à vis de l’Ukraine.
-> Politique avec un resserrement des forces autour du « chef de guerre », puisque vers la guerre nous sommes censés aller.
-> Economique avec l’économie d’armement comme volant d’entrainement.
-> Stratégique avec la substitution de la « souveraineté européenne » à la « souveraineté nationale » allant jusqu’à la remise en jeu de notre place au conseil permanent de l’ONU et à terme un pas décisif dans la destruction de la Nation.
Alors ?
A travers le dispositif d’ensemble qui se met en place au niveau international et en France apparait l’état de dangerosité que représentent les chefs d’états et responsables politiques qui à la moindre occasion montent d’un cran dans leur jeu d’apprentis sorciers.
Ils sont forts d’un consensus qui a permis jusque là cette progression vers la guerre, notamment à travers les votes unanimes de toutes les forces politiques pour les budgets, les milliards qui y sont destinés. Cela rappelle les heures les plus noires, au début du siècle dernier, lorsque la voie a été ouverte par l’union sacrée à la grande boucherie de 14-18.
Forts des leçons du passé, il y a urgence à ce que les voix se lèvent pour stopper cette folie et exiger que la paix l’emporte sur les volontés guerrières organisatrices de chaos, et à ce que massivement la politique reprenne ses droits sur la manipulation, l’organisation de réactions caricaturales, primaires et émotionnelles.
Jacques Cotta
Article publié le 31 mars 2025.